Nominés du Prix 2016 du menteur en politique

Le Prix du menteur en politique a été créé à l’initiative de Thomas Guénolé le 19 janvier 2015. Cette distinction est décernée avec humour pour inciter la classe politique à moins mentir, pour sensibiliser le journalisme politique à l’importance du fact-checking, et pour encourager le grand public à vérifier la véracité de ce que dit le personnel politique.

Le prix est destiné à être proclamé chaque début d’année, pour les mensonges politiques de l’année précédente. Le Prix 2016 est ainsi décerné en janvier 2017.

Le jury du prix est composé de journalistes politiques et de journalistes spécialisés en fact-checking politique. Cette année, pour la première fois, le jury est majoritairement féminin :

– Mélissa Bounoua, rédactrice en chef adjointe chez Slate ;

– Hélène Decommer, chef des infos chez L’Express ;

– Alexandre Devecchio, en charge de FigaroVox chez Le Figaro ;

– Hugo Domenach, journaliste politique au Point ;

– Thomas Guénolé, politologue auteur du « Petit Guide du mensonge en politique » (Fayard) ;

– Antoine Krempf, responsable du « Vrai du faux » chez France Info ;

– Delphine Legouté, rédactrice en chef du site de Marianne ;

– Pauline Moullot, journaliste à Désintox chez Libération ;

– Estelle Schmitt, journaliste politique chez France Inter.

 

La liste des vainqueurs dans les différentes catégories, et le vainqueur du Grand Prix 2016, seront annoncés le jeudi 19 janvier 2017.

 

LISTE DES NOMINÉS :

 

Dans la catégorie « Grand Prix », qui récompense le pire menteur de l’année :

Eric Ciotti, pour être un « Monsieur Sécurité » qui accumule les affirmations fausses sur la délinquance, au nombre de policiers blessés et à leur légitime défense. Et pour avoir repris et inlassablement répété l’intox du Front national sur la loi El Khomri qui instaurerait la liberté religieuse dans les entreprises.

Robert Ménard, pour son incroyable constance dans le mensonge lorsqu’il évoque l’immigration.

→ lorsqu’il imagine qu’un festival réserve une zone aux femmes… à cause des migrants

→ lorsqu’il prétend que 75% de l’immigration actuelle viennent du Maghreb et de Turquie

→ lorsqu’il soutient que le regroupement familial représente 40% de l’immigration

→ lorsqu’il imagine que le turc et l’arabe remplacent les cours de français

→ lorsqu’il manipule des chiffres pour montrer que les demandeurs d’asile hébergés à Béziers « ne repartiront jamais »

Florian Philippot, pour son accumulation de mensonges en 2016, notamment :

-→pour avoir invoqué la liberté d’expression de la fachosphère dans la controverse Farid Fillon, tout en trouvant normal que Quotidien et Mediapart soient interdits d’accès aux meetings du FN ;

→ pour avoir exprimé des informations fausses sur la position exprimée par François Fillon concernant les minarets (que ce soit sur la position exprimée, sur le contexte, sur le lieu, et même sur la date) ;

→ pour avoir prétendu que la France ne peut plus expulser des étrangers délinquants de son territoire alors que c’est faux ;

→ pour avoir prétendu que les étrangers en situation irrégulière n’avaient pas droit à une aide médicale avant 2000 alors que c’est faux ;

→ pour avoir prétendu que la loi n’accorde aucun droit aux sans-papiers alors que c’est faux.

Manuel Valls, pour son retournement de veste spectaculaire en devenant candidat à la primaire du PS, notamment :

→ en se présentant comme un candidat hors système après avoir accusé ses anciens camarades de ‘‘dénoncer un prétendu système en cédant aux sirènes du populisme’’

→ en présentant sa candidature au nom de la « réconciliation » après avoir pourtant théorisé « deux gauches irréconciliables »

→ en proposant la suppression du 49-3 car “son utilisation est brutale et dépassée”  après l’avoir utilisé 6 fois (sur 2 textes) car ce n’est “pas un acte autoritaire”.

→ en se présentant au nom d’une laïcité qui ne stigmatise pas les musulmans après avoir pourtant dit que la preuve de la compatibilité de l’islam avec la République restait à apporter

→ en changeant de position sur la défiscalisation des heures supplémentaires

Laurent Wauquiez, pour ses mensonges sur l’enseignement de la théorie du genre, sur la répartition des migrants de Calais, et même sur le PSG.

 

Dans la catégorie « Prix spécial du jury », qui récompense l’ensemble de la carrière d’une personnalité politique en matière de mensonges :

Nicolas Sarkozy qui, outre ses mensonges habituels en campagne, a dévoilé cette année une nouvelle gamme de mensonges concernant notamment sa situation judiciaire et l’affaire Bygmalion.

→ en prétendant à moult reprises qu’il n’a pas été mis en examen pour « financement illégal de campagne » mais uniquement pour « dépassement du plafond » de la campagne

→ en affirmant également qu’il a “déjà été sanctionné par le Conseil constitutionnel” dans l’affaire Bygmalion

→ en multipliant les affirmations fausses lors de la primaire de la droite

→ en évoquant beaucoup une réglementation européenne imaginaire sur les escabeaux

 

Dans la catégorie « Un certain regard », qui récompense un mensonge particulièrement absurde, étrange ou bizarrement hors norme :

Christian Estrosi, pour avoir prétendu qu’il a fait installer des portiques de sécurité gare Saint-Charles à Marseille en réponse aux attentats de novembre : ceci, alors que ces portiques ont été mis en place par la SNCF pour contrôler les billets, sans lien avec les attentats.

Et pour avoir accumulé les affirmations fausses lors de son passage sur France Info le 21 octobre dernier :

→ affirmant ne “jamais avoir entendu parlé ni rencontré” l’ancien ambassadeur du Qatar alors qu’il apparaît à ses côtés à Nice dans une vidéo tournée par la télévision municipale

→ affirmant à tort qu’il n’y a jamais eu de dispositif fiscal voté pendant le quinquennat Sarkozy

→ affirmant à tort que la CGT a publié des affiches appelant à frapper des policiers pendant le mouvement contre la loi Travail

→ affirmant à tort que Nice Matin s’était excusé d’un papier le concernant l’affaire du bureau du maire

François Fillon, pour avoir prétendu qu’il a voté «toutes les lois qui ont permis l’accès à l’IVG» et pour sa révision des programmes d’histoire.

François Hollande, pour son étonnante analyse de sa politique migratoire. Sur France 2 le 15 avril, il affirme au sujet des migrants : « Avec Madame Merkel, nousavons une position identique ». D’où l’étonnement de Léa Salamé : « C’est une plaisanterie ? »

Si la chancelière allemande a depuis revu sa position, sa politique d’accueil est bien différente de celle de la France au moment où François Hollande s’exprime. Pour la seule année 2015, l’Allemagne a dépassé le million de demandeurs d’asile là où la France a reçu quelque 80 000 demandes. Parmi eux, 31%, soit 26 000 personnes, ont obtenu le statut demandé. L’Allemagne estime pouvoir « assurer des services optimum jusqu’à 300 000 arrivées » annuelles.

Bruno Le Roux, pour avoir déclaré : « Le 49-3 est un outil qui peut permettre de favoriser la discussion ». Et pour avoir affirmé que le gouvernement avait tenu toutes ses prévisions de croissance depuis 2012.

Philippe de Villiers, pour avoir déduit d’un rapport de l’ONU vieux de 16 ans un «complot des élites» imaginaire destiné à envahir la France.

 

Dans la catégorie « Prix Jacques Dutronc » du plus beau retournement de veste :

François Fillon, pour sa volte-face sur la réforme de la Sécurité sociale :

→ Il a d’abord proposé pendant la primaire de la droite de limiter les remboursements de l’assurance publique aux affections graves ou de longue durée.

→ Il a ensuite supprimé cette proposition de son site Internet dès le lendemain de la primaire.

→ Enfin, il a changé radicalement de position en déclarant que « l’assurance-maladie continuera à couvrir les soins comme aujourd’hui et même à mieux rembourser des soins qui sont largement à la charge des assurés ».

 

Dans la catégorie « Naufrage en politique » :

Maud Fontenoy pour avoir prétendu que 12 000 chercheurs français sont partis aux Etats-Unis faute de pouvoir chercher en France des techniques non polluantes d’extraction du gaz de schiste.

 

Dans la catégorie « Prix du Grand Remplacement » :

Jean-Pierre Chevènement, pour avoir affirmé qu’il y “135 nationalités à Saint-Denis, dont une (la française) qui a quasiment disparu”

 

Dans la catégorie « Jeune espoir », meilleur menteur politique de moins de 45 ans :

Nicolas Bay (39 ans), pour son accumulation de mensonges sur la réquisition des logements HLM, sur la loi travail et le communautarisme, sur le nombre de postes de policiers créés sous Hollande, en prétendant que 95% des dégradations de lieux de culte visent les chrétiens, sur un supposé « mythe » du réfugié de guerre, sur les peines de prison non exécutées, ou encore sur l’élection de Donald Trump.

Emmanuel Macron :

→ pour avoir affirmé que son mouvement enregistrait déjà 13 000 adhésions alors qu’il s’agissait de 13 000 clics comptabilisés sur le site d’En Marche.

→ pour avoir prétendu qu’il regarderait l’intervention télévisée de François Hollande alors que ce soir-là il était à Londres pour lever des fonds

→ pour avoir construit le clip vidéo de lancement de « En marche », censément consacré aux Français, à l’aide de banques d’images étrangères qui montrent en fait des écoliers américains, des promeneurs allemands, ou encore un adolescent de New York.

Florian Philippot, pour son accumulation de mensonges en 2016, notamment :

– pour avoir invoqué la liberté d’expression de la fachosphère dans la controverse Farid Fillon, tout en trouvant normal que Quotidien et Mediapart soient interdits d’accès aux meetings du FN ;

– pour avoir exprimé des informations fausses sur la position exprimée par François Fillon concernant les minarets (que ce soit sur la position exprimée, sur le contexte, sur le lieu, et même sur la date) ;

– pour avoir prétendu que la France ne peut plus expulser des étrangers délinquants de son territoire alors que c’est faux ;

– pour avoir prétendu que les étrangers en situation irrégulière n’avaient pas droit à une aide médicale avant 2000 alors que c’est faux ;

– pour avoir prétendu que la loi n’accorde aucun droit aux sans-papiers alors que c’est faux.

David Rachline, pour avoir relayé des intoxs sur les Français qui seraient moins bien traités que les migrants, pour avoir prétendu que Nicolas Sarkozy a supprimé la double-peine, et pour avoir affirmé à tort que 95% des demandes d’asile sont validées.

Laurent Wauquiez, pour ses mensonges sur l’enseignement de la théorie du genre, sur la répartition des migrants de Calais, et même sur le PSG.

 

Dans la catégorie « meilleur menteur politique à l’étranger » :

Donald Trump pour l’ensemble de son œuvre.